LES ANCIENS NORDIQUES, QUE SONT-ILS DEVENUS?

MARC TARDIF
Par Luc Dupont

Marc Tardif a définitivement marqué l'histoire des Nordiques.

Marc Tardif est né le 12 juin 1949, à Granby. "Comme la plupart des joueurs de mon époque, j'ai commencé à jouer au hockey à l'extérieur, maniant tantôt le hockey, tantôt la gratte."

Rapidement, les éclaireurs du Canadien notent le talent de Tardif. "Je me souviens qu'à 16 ans, l'organisation est venue rencontrer mes parents, pour les persuader de me laisser aller jouer à Thetford-Mines. Pour les convaincre, le Canadien promit l'hébergement et les études gratuites. À ma grande joie, mes parents acceptèrent. Le propriétaire de l'époque était Émile Couture. J'ai eu la chance de côtoyer Gilbert Perreault et Réjean Houle."

Au niveau junior, Tardif évolue au sein du Canadien junior, avec les Pierre Bouchard et Guy Lapointe, devant des foules de 18 000 personnes. "C'était formidable de voir l'engouement des gens pour le hockey junior. Ces années restent à jamais marquées dans ma mémoire; ce sont des moments inoubliables."

En 1969, Tardif devient le deuxième choix du Canadien. Lors de son premier entraînement, l'ailier gauche se retrouve face à face avec son idole de jeunesse, Jean Béliveau, ce qui ne manqua pas de l'impressionner. " Je tremblais de partout, une sorte de rêve était devenu réalité."

Après quatre années de 3, 19, 31 et 25 buts avec le Canadien, Tardif choisit de quitter le Canadien pour les Sharks de Los Angeles, de l'Association mondiale. Le contrat d'une durée de trois ans permet à Tardif d'empocher 150 000$ par saison, une somme importante pour l'époque. "J'avais obtenu un contrat blindé. L'argent était garanti quoi qu'il advienne. Dans le cas inverse, je ne pense pas que j'aurais tenté pareille aventure."

Tardif ne peut s'empêcher desquisser une moue lorsqu'il repense aux Big Bad Sharks. "Dirigée par Terry Slater, l'équipe était composée de trois ou quatre joueurs de hockey tout au plus. Pour ce qui est du reste, on comptait sur une brigade de démolisseurs, des "goons" de la pire espèce."

"Un soir, notre entraîneur nous avait avertis que ça chaufferait. Houle, alors avec les Nordiques, et moi-même, nous nous étions entendus avant le match pour nous empoigner solidement le chandail si ça brassait. Dès que la foire a commencé et que les deux bancs se sont vidés, je me suis accroché à Houle. Le plus comique dans tout cela, c'est que plusieurs autres joueurs des Nordiques ont tenté de me rejoindre, en vain. Certains ont alors subi de sévères corrections. C'était pas drôle à voir."

"Avec du recul, on peut dire que le hockey professionnel en général traversait alors une période sombre. Le trop grand nombre d'équipes forçait plusieurs organisations à combler les postes avec des bagarreurs de rues, des bouffons. On ne vendait plus du hockey, on vendait de la violence."

Malgré cet étalage de gros bras, la concession de Los Angeles ne fait pas long feu. Deux hommes d'affaires, Charles Nolton et Peter Shagena, achètent l'équipe et la relocalisent à Détroit. Tardif porte désormais le chandail des Stags du Michigan et l'équipe se produit au Cobo Hall de Détroit.

Pendant ce temps, les Nordiques connaissent de sérieux problèmes. Les maigres assistances aux matchs de l'équipe québécoise amènent Maurice Filion à donner l'alerte rouge. Les Nordiques sont sur les dents. Il faut bouger.

Faisant fi de l'humeur des amateurs, Filion échange le 8 décembre 1974 les joueurs Michel Rouleau, Pierre Guité et Alain Caron aux Stags en retour de Tardif et du robuste Steve Sutherland. L'année suivante, il ajoute les durs à cuire Gordie Gallant, Curt Brackenbury et Bob Fitchner. Les Nordiques peuvent désormais se vanter de pouvoir faire face à la musique.

Les trois années qui vont suivre seront hautes en couleurs. Grâce au trio Tardif-Bordeleau-Cloutier, les Nordiques se hissent au rang d'équipe championne. En 1974-75, l'ailier gauche compte 38 buts en 53 matchs. Un an plus tard, Tardif connaît une saison de 71 buts et 77 passes, ce qui lui permet de finir au premier rang des marqueurs de l'Association mondiale. En 1976-77, les Nordiques remportent la Coupe Avco. Puis, en 1977-78, Tardif récidive et remporte de nouveau le championnat des compteurs. Plus que jamais, l'athlète de Granby maîtrise toutes les facettes du jeu.

"C'était le bon temps. Le jeu de l'AMH était ouvert, les passes vives et les séquences imaginatives. Les Européens rendaient le jeu plus rapide. Chez les Jets de Winnipeg (que nous avions rencontrés en finale), Bobby Hull, Anders Hedberg et Ulf Nilsson étaient magnifiques à voir jouer. Du beau hockey!"

"Les Nordiques étaient redoutables à l'attaque avec les Cloutier, Bordeleau, Bernier et Houle. On l'oublie trop souvent, mais Cloutier était plus qu'un compteur, c'était également un redoutable fabricant de jeu, un joueur intelligent avec la rondelle. De son côté, Tremblay était toujours aussi magique à la ligne bleue."

En 1979, les Nordiques accèdent à la Ligue nationale. Durant cette première saison, Tardif forme le trio vedette, aux côtés de Robbie Ftorek et Réal Cloutier. Michel Dion protège la cage des Québécois et le vétéran Gerry Hart patrouille la ligne bleue. Après une première demi-saison, au cours de laquelle l'équipe affiche une moyenne de .500, le club s'écroule. Tardif termine la saison avec une fiche de 33 buts et 35 passes.

Tardif annonce officiellement sa retraite en 1983. "Contrairement à plusieurs joueurs, j'ai su préparer ma retraite. Les annonces publicitaires que je réalisais en 1983 pour Gilles Bédard, un concessionnaire automobile de Lévis, m'avaient permis de m'initier au domaine de l'automobile. J'ai donc décidé de me procurer une franchise GM. Depuis, les affaires vont bien et j'ai fait récemment l'acquisition du manoir St-Castin au lac Beauport." Il s'est porté depuis acquéreur d'une franchise Toyota (Toyota Charlesbourg).

Invité à raconter son meilleur coup, Tardif réfléchit quelque peu et répond: "C'était en janvier 1972. Toutes sortes de rumeurs couraient alors au sujet de mon grand ami Réjean Houle. On parlait, entre autres, d'un échange important. J'ai alors eu l'idée suivante, que je trouve incroyable en y repensant."

"J'ai fait appeler mon beau-frère qui pouvait imiter à merveille l'accent de Sam Pollock. Celui-ci a demandé à Houle de le rencontrer au Forum le soir du premier de l'An. Houle estomaqué a cru à un échange. Il a annulé son souper du jour de l'An pour se rendre à toute vitesse au Forum et se cogner le nez sur des portes fermées à clé. Il eut beau faire le tour pour trouver une façon de rentrer dans le temple, rien n'y fit."

"Le lendemain, sentant qu'il avait été victime d'une bonne blague, Réjean est venu me rencontrer pour me raconter toute l'histoire. J'ai eu toutes les difficultés du monde à ne pas éclater de rire. Réjean était furieux, enragé. Je ne lui ai avoué mon coup que deux ans plus tard."

 

 

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