LES ANCIENS NORDIQUES QUE SONT-ILS DEVENUS?

LA PRÉPARATION MENTALE DUN GARDIEN DE BUT.
DANIEL BOUCHARD

Par Luc Dupont

La bonne préparation mentale d'un gardien de but s'avère la pierre angulaire de la réussite d'une carrière. Daniel Bouchard a exercé ce métier en travaillant énormément sur cet aspect.

Quinze ans déjà! L'image est à jamais gravée dans nos mémoires: au cours du dernier match de la demi-finale de division (3 de 5) Montréal-Québec, Daniel Bouchard multiplie les miracles et permet du même coup aux Nordiques d'éliminer le Canadien dans un Forum rempli à capacité.

C'était le mardi 13 avril 1982. Bob Berry avait habillé pour la circonstance Chris Nilan et Jeff Brubaker. Peter Stastny était sur le carreau, victime d'une blessure au rein. Dale Hunter continuait son travail de "Petite Peste".

Dès le début de la prolongation Réal Cloutier réussissait à soutirer le disque à un glorieux et s'échappait dans la zone ennemie. Après avoir contourné péniblement le filet de Rick Wamsley, il refilait le disque à Hunter, qui n'eut qu'à le pousser sous le gardien de but du Canadien.

Quand on lui parle de cette série, les yeux de Daniel Bouchard s'illuminent. Au lieu de prendre le crédit qui lui revient, il préfère parler de ses coéquipiers de l'époque.

"Nous avions la chance de compter sur des joueurs obstinés, les Pichette, Côté, Dupont, Marois, Aubry et Rochefort, des joueurs qui se dépensaient sans compter. Nous avions aussi des amateurs en or, des spectateurs qui nous encourageaient sans relâche."

Pour gagner, nous avions réalisé qu'il était nécessaire de travailler main dans la main, s'encourager et oublier le je-me-moi. L'attitude positive, l'unité dans le vestiaire, c'était la clé de notre succès. Et c'est toujours valable aujourd'hui.

Daniel Bouchard est né à Val d'Or le 12 décembre 1950. À six ans, ses parents déménagent à La Salle, en banlieue de Montréal. À 14 ans, il quitte définitivement le foyer familial pour Shawinigan, où il évoluera pendant un an et demi.

Par la suite, le gardien se retrouve à Sorel pour deux ans, où il côtoie nul autre que Dave Shultz. Curieusement, Bouchard terminera sa carrière junior à London, dans la Ligue de l'Ontario. "Une clause de mon contrat signé avec Rodrigue Lemoyne stipulait que je pouvais quitter l'équipe de Sorel si le club se rendait à la Coupe Mémorial. Et c'est que qui est arrivé..."

Bouchard débute sa carrière professionnelle à Boston. Après deux ans, il se retrouve à Atlanta. "À l'époque, la ville comptait un peu moins d'un million de citoyens, mais c'était une super ville avec les Hawks au basketball et les Braves au baseball.

Si l'équipe de hockey a quitté la ville pour prendre la direction de Calgary, c'est un peu à cause de la Ligue nationale. On savait que dans le cadre d'une entente spéciale, un groupe d'homme d'affaires de Calgary s'était fait promettre une concession en vue de favoriser la candidature de cette ville aux Jeux olympiques d'hiver. Nous n'avons pas vraiment eu le choix de quitter."

En arrivant à Calgary, Bouchard avoue avoir été quelque peu déboussolé. "L'entraîneur voulait profiter de ce changement pour développer deux jeunes gardiens de l'organisation." Le reste fait partie de l'histoire. Maurice Filion, dans le cadre dune transaction qui a été qualifiée par la suite de véritable vol, obtenait le gardien de but en échange de Jamie Hislop. Les Nordiques allaient du même coup perdre leur surnom de Ice Follies du hockey.

Après plusieurs saisons où il excelle dans l'uniforme des Fleurdelisés, Bouchard se retrouve à Winnipeg. Dan Maloney, un ancien coéquipier dans le junior, éprouve des difficultés à communiquer avec le blond gardien, ce qui amènera éventuellement John Ferguson à racheter le contrat de Bouchard. Celui-ci prend alors le chemin de la Suisse, mais se blesse au genou gauche lors de son troisième match en terre helvétique. L'heure de la retraite a sonné et Daniel Bouchard le sait.

Bouchard ne s'éloigne pas du hockey pour autant. Il devient homme à tout faire du club de Fribourg, occupant tour à tour les postes de conseiller, de responsable du développement et d'entraîneur.

Au fil des années, Bouchard développe un important réseau de contacts à l'extérieur du hockey. "Trop souvent les joueurs oublient qu'une carrière de hockey est vite passée. Voilà pourquoi il est important de préparer son après-carrière activement."

Bouchard reconnaît que l'appui de ses proches lui a été bénéfique tout au long de sa carrière. "Ma famille était derrière moi à 100%. Durant nos voyages à l'étranger, ma femme ne se gênait pas pour contacter régulièrement les femmes de mes coéquipiers afin qu'elles se rencontrent, que ce soit pour aller au cinéma ou pour une journée de ski."

"De son côté, mon père qui était un grand sportif, m'appuyait. Ronald Corey m'a déjà raconté que mon paternel avait été un premier choix du Canadien dans les années cinquante, mais qu'il avait préféré miser sur sa famille. J'ai toujours eu l'impression qu'il réalisait à travers moi un certain rêve, celui de devenir joueur professionnel."

À l'écouter, on constate que Daniel Bouchard avait beaucoup de respect pour les gardiens de l'organisation des Nordiques de Québec.

Daniel Bouchard a des idées bien arrêtées sur les qualités d'un bon gardien de but. "La préparation mentale, un système de jeu, la confiance personnelle et la communication en sont. Il importe de parler à ses défenseurs, les diriger.

Il convient également d'accorder une grande place à la visualisation. Avant chaque match, javais l'habitude de visualiser l'aréna, le déroulement de la partie et le pointage final. Je me préparais à la victoire.

La grande difficulté des jeunes, c'est qu'ils ont la mauvaise habitude de se décourager à cause d'un ou deux mauvais matchs. C'est une grave erreur. Il ne faut jamais entretenir de doute sur l'issue de la rencontre.

Un bon gardien est calme et serein. Il respire la confiance et sait rassurer et servir ses coéquipiers. Sur la glace, le gardien de qualité évite de poser des gestes prévisibles: il couvre ses angles et possède de bons réflexes."

Chaque match a sa dimension et chaque joueur ses petites habitudes. Certains préfèrent le lancé frappé, d'autres le revers. À force de temps et d'observation, on parvient à anticiper le jeu. Il importe également de connaître tes joueurs, tes défenseurs surtout, et déterminer lequel d'entre eux ne déteste pas se lancer devant la rondelle et lequel préfère l'éviter. Et plus que tout, il faut savoir encourager ses coéquipiers et jouer le plus souvent possible.

Tout au long de sa carrière, Daniel Bouchard eut à faire face à des joueurs redoutables. Quels sont ceux qui lui ont donné le plus de difficultés? "Sans aucun doute Wayne Gretzky, parce quil t'obligeait à faire le premier geste. Mickey Redmond, Dany Grant et Guy Lafleur n'étaient pas piqués des vers non plus.

Du côté personnalité et rage de vaincre, il faut accorder une attention spéciale à Bobby Orr. En plus de contrôler un match de hockey à sa guise, c'était un bonhomme sympathique et humain qui avait toujours le mot pour plaire.

Je me rappelle qu'un jour, un homme était venu me voir afin de savoir si Bobby Orr pourrait autographier un hockey pour son fils malade. Croyez-le ou non, dès la fin du match, Bobby Orr s'était présenté en sous-vêtements dans le vestiaire des Flames pour remettre son bâton dûment autographié. Il avait même pris le soin de me redemander dépeler le nom du fiston pour être bien sûr de ne pas faire d'erreurs. Un grand monsieur."

Daniel Bouchard n'a jamais eu la langue dans sa poche et il ne s'est jamais gêné pour brasser la cage des dirigeants de la Ligue nationale. "Le repêchage des 18 ans est une aberration. Le jeune arrive dans un club composé d'adultes, il manque de maturité et se met à faire des folies. La Ligue nationale de hockey est sûrement la ligue de sport professionnelle qui brûle le plus de talents.

Les arbitres prennent ou trop ou pas assez de place dans la partie. En plus d'arbitrer en fonction de la période, ils tiennent compte du moment de la saison. Durant les matchs pré-saison, ils sifflent tout ce qu'ils voient; pendant la saison ils ramollissent et en séries éliminatoires, ils sont invisibles.

Pour ce qui est du spectacle, il y gagnerait sûrement en qualité si les matchs nuls, véritables plaies du hockey, se terminaient par des tirs de confrontation sur le gardien. Et s'il le faut, ajoute Bouchard, qu'on enlève la ligne rouge pour rendre le jeu plus rapide et plus spectaculaire."

Et l'avenir de la Ligue? Elle n'est pas rose, selon Bouchard. "La flambée des salaires m'effraie. Le hockey ne pourra pas tenir longtemps dans ces conditions. Sans contrat majeur de télédiffusion, des équipes disparaîtront."

En entrevue, Daniel Bouchard est un bonhomme fascinant. À preuve, cette anecdote: au cours d'un entraînement matinal au forum, Bouchard remarque que Jacques Plante prend des tonnes de notes à son sujet en vue de la confrontation Québec-Montréal du même jour.

Bouchard décide alors de déjouer le mystérieux observateur. Pour ce faire, il pratique son fameux style papillon durant tout l'entraînement, ce qui amène Plante à conseiller aux joueurs du Canadien à viser haut. Le soir venu, tel que prévu, les francs-tireurs du Canadien lancent dans les lucarnes. Mais Bouchard, fin renard, passe tout le match debout, à recevoir des rondelles sur les épaules. Ai-je besoin de vous dire de quel match il s'agissait?

 

Les entrevues en archives

Marc Tardif

 

 

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